« Une université populaire de l'EPS et du sport »

Pilier 3 - Quelle École pour 2026 ?

Table ronde 1

Augmenter le temps scolaire, un enjeu

La dernière convention citoyenne sur le temps de l’enfant a de nouveau défendu l’idée d’une réduction du temps scolaire, officiellement pour favoriser le développement d’activités périscolaires. Si le sens commun valide volontiers cette proposition face au constat d’enfants fatigué·es par des journées trop longues, on oublie souvent de préciser qu’une telle réduction risque d’exacerber les inégalités sociales.

En effet, pendant que les enfants des classes moyennes et favorisées rejoindront le tissu associatif pour pratiquer sport et culture, les enfants les plus précaires en seront exclu·es, un phénomène encore plus marqué pour les filles des quartiers populaires. Dès lors, une question s’impose : nos enfants souffrent-elles/ils réellement de l’école ou d’un manque de structures égalitaires ? Moins d’école, peut-être, mais quelle école faut-il bâtir pour réduire les inégalités plutôt que de les déléguer au secteur privé ?

Les intervenant·es

BONNERY Stéphane :  Professeur en sciences de l’éducation à l’Université Paris 8, spécialiste des inégalités scolaires et des pratiques d’apprentissage populaires.

Ses travaux portent notamment sur la construction des savoirs à l’école et les effets des dispositifs pédagogiques sur les élèves les plus éloigné.es des attentes scolaires ; il dirige également la revue La Pensée. En 2025, il a publié un ouvrage consacré au rapport au temps de l’enfant et aux apprentissages. 

FRANDJI Daniel : Sociologue, chargé de recherche au CNRS, spécialiste des politiques éducatives et des inégalités scolaires. Ses travaux portent sur les transformations des systèmes éducatifs, les dispositifs de lutte contre le décrochage et les rapports entre éducation et justice sociale. Il s’intéresse aux actions publiques éducatives visant à réduire les inégalités. 

Table ronde 2

L’école française a-t-elle un plafond de verre ?

L’école française est décrite comme l’une des plus inégalitaires. Elle ne permet pas aux enfants des classes sociales les plus défavorisées de réussir et continue d’avoir un système de fonctionnement et de carte scolaire qui tend à accentuer les inégalités. Inégalités à la fois sociales, mais inégalités aussi en fonction de l’origine des enfants et de leurs parents. Les enfants immigré·es ou issu·es de parents immigré·es continuent d’être écarté·es des ambitions d’égalité et de réussite. Ces inégalités sont non seulement présentes dès le fonctionnement de l’école primaire, mais demeurent, voire s’accentuent dans l’enseignement supérieur par les processus de sélection et de privatisation (Parcoursup, MonMaster…). L’école française se targue d’avoir mis en place des politiques d’égalité et pourtant n’en finit plus de reproduire, renforcer, accentuer les inégalités ? A-t-on vraiment essayé des politiques d’égalité à l’heure où le conservatisme politique les remet en cause ? Quelles pistes pour que notre école devienne l’école de la réussite de tous et toutes ?

Les intervenant·es

ALLOUCH Annabelle : Maître de conférences en sociologie à l’Université de Picardie Jules Verne, spécialiste des politiques d’accès à l’enseignement supérieur et de l’utilisation du mérite comme notion de justification de l’ordre social en place. 

PALHETA Ugo : Maître de Conférences en sociologie à l’Université de Lille, codirecteur de la publication de la revue Contretemps, spécialiste de l’extrême-droite et des trajectoires scolaires des enfants issu·es de l’immigration

BEN AYED Choukri : Professeur de sociologie à l’Université de Limoges, spécialiste des inégalités scolaires dans leurs dimensions sociales et territoriales. Il a aussi travaillé sur les politiques éducatives et le rapport à l’école des familles populaires.

Table ronde 3

Le niveau baisse ? Quoi faire ?

Plusieurs études (PISA, TIMSS) montrent une baisse des résultats scolaires en mathématiques et en français.  En maths, dans l’étude PISA, le score est passé de 517 points en 2000 à 474 points en 2022 (sous la moyenne de l’OCDE). Establet s’en était déjà rendu compte, écrivant en 2010 : « L’école française se porte mal. Depuis 1995, le niveau baisse. La part d’élèves faibles et très faibles ne cesse d’augmenter. L’accumulation d’échecs scolaires en bas n’est aucunement compensée, au sommet, par une élite qui serait mieux formée et plus étoffée. » Que s’est-il donc passé qui permette de comprendre ce revirement de tendance ? Baudelot et Establet invoquent à juste titre la difficulté de notre école à réduire l’échec scolaire.

Regards croisés pour essayer de comprendre et proposer des solutions. 

Les intervenant·es

CHEVE Caroline : Professeure de philosophie dans les quartiers Nord de Marseille, depuis plus de 20 ans. Militante SNES, elle est devenue Secrétaire générale de la FSU (Fédération Syndicale Unitaire, dont est membre le SNEP-FSU) après 6 années à la tête de la FSU Bouches-du-Rhône. 

DEAUVIEAU Jérôme : Professeur de Sociologie à l’Ecole Normale Supérieure et chercheur au Centre Maurice Halbwachs. Membre du Groupe de recherche sur la démocratisation scolaire (GRDS), Membre du Conseil scientifique de l’éducation nationale. Son programme de recherche porte sur la compréhension des mécanismes de production des inégalités scolaires

VAN BREDERODE Marion : Enseignante de biologie pendant 15 ans en éducation prioritaire. Elle est aujourd’hui post‑doctorante à la Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Éducation (FPSE) de l’Université de Genève. Ses travaux interrogent le discours sur la « baisse du niveau », qu’elle relie non à un déclin des élèves, mais à une transformation et une fragilisation de l’école publique, marquée par des processus de déconstruction et de recomposition des cadres éducatifs

Table ronde 4

L’École, est-ce que c’est mieux ailleurs dans le monde ?

Lorsqu’on aborde la comparaison internationale, il semble souvent que « ce qui se fait ailleurs » soit systématiquement présenté comme meilleur qu’en France. Que ce soit l’organisation du temps scolaire, l’accompagnement des élèves en difficulté ou, plus largement, les approches pédagogiques, l’idée d’un modèle étranger idéal revient fréquemment. Pourtant, tout dépend du prisme d’analyse et des indicateurs retenus : les comparaisons exigent nuance et contextualisation. Par ailleurs, on peut s’interroger sur les effets de ces mises en parallèle, qui tendent parfois à promouvoir une standardisation des systèmes éducatifs vers un modèle de plus en plus libéral.

Les enfants et les jeunes du monde ont-ils et elles réellement plus de savoirs ailleurs ? sont‑ils et elles véritablement plus cultivé·es que les élèves français·es ? Qu’en est-il des inégalités sociales ? N’est-ce pas plus globalement la fonction de l’école qui est à questionner ? 

Les intervenant·es

SUTCLIFFE Adam : Responsable syndical, occupant les fonctions de National President et d’Assistant Secretary de l’EIS (Educational Institute of Scotland) en Aberdeenshire. Il s’engage notamment dans la défense des enseignant·s et des politiques éducatives, avec une attention particulière aux enjeux professionnels et aux conditions d’enseignement.

VAN STRIEN Kim : Responsable au sein de l’Algemene Onderwijsbond (AOb), où elle porte un regard critique sur le fonctionnement du système éducatif néerlandais. Elle dénonce une école marquée par une forte pression de contrôle et des logiques de gestion qui éloignent les enseignant·es de leur cœur de métier : l’apprentissage des élèves.

HIRTT Nico : Enseignant belge et figure du mouvement de l’École démocratique, engagé dans une analyse critique des systèmes éducatifs contemporains. Dans À l’école du capitalisme (Agone, 2026), coécrit avec Cécile Gorré, il montre comment l’institution scolaire est de plus en plus sommée de s’adapter aux besoins du marché, passant d’une finalité de formation intellectuelle à une logique de production de main‑d’œuvre flexible. Il y développe notamment l’idée que « pour le monde économique, l’important est d’apprendre à utiliser des savoirs », alors que l’école devrait viser leur compréhension, dénonçant ainsi une évolution des contenus et des pédagogies marquée par les logiques néolibérales.